Sucre et endurance : ami ou ennemi du coureur ?

Lecture : 7 min

Le sucre a mauvaise presse dans le grand public. Pourtant, pour le coureur d'endurance, les glucides sont le carburant numéro un. Le paradoxe est réel : ce que la nutrition générale déconseille, la nutrition sportive recommande — mais pas n'importe comment ni n'importe quand.

Le glycogène : le réservoir du coureur

Les muscles et le foie stockent environ 400 à 600 g de glycogène — la forme de stockage des glucides dans le corps. C'est le carburant principal de la course à intensité modérée à élevée. Au-dessus de 60-70 % de la VMA, le corps utilise majoritairement le glycogène. En dessous, il puise davantage dans les graisses.

Un marathon à allure compétitive vide presque entièrement ces réserves — d'où le mur du marathon. La dépense calorique totale dépasse largement ce que les réserves de glycogène peuvent fournir seules.

Avant l'effort : charger les réserves

La veille et le matin d'une compétition longue, les glucides sont rois. La charge glucidique (8-10 g/kg/jour pendant 2-3 jours) maximise le glycogène musculaire. Le petit-déjeuner pré-course doit être riche en glucides à index glycémique moyen à élevé : pain blanc, riz, confiture, miel.

L'index glycémique (IG) fait débat dans ce contexte. Historiquement, on recommandait des aliments à IG bas avant l'effort pour éviter l'hypoglycémie réactionnelle. Mais les études récentes montrent que pour des efforts démarrant dans les 30 à 60 minutes suivant l'ingestion, la différence entre IG haut et IG bas est minime sur la performance.

Pendant l'effort : le carburant en temps réel

Pour les efforts de plus de 60 à 90 minutes, l'apport en glucides pendant la course est déterminant. Les recommandations actuelles :

  • 1-2h d'effort : 30-60 g de glucides/heure (boisson isotonique, gel)
  • 2-3h+ : 60-90 g/heure, idéalement un mélange glucose + fructose pour utiliser plusieurs transporteurs intestinaux

Le ravitaillement en course demande un apprentissage : l'intestin doit s'entraîner à absorber ces quantités. Commencer à 30 g/heure et augmenter progressivement sur plusieurs semaines.

Après l'effort : reconstruire

Dans les 2 heures suivant un effort long, les enzymes de resynthèse du glycogène sont particulièrement actives. Un apport de 1 à 1.2 g/kg de glucides (accompagné de protéines) optimise la récupération.

Et le régime low-carb ?

Les régimes faibles en glucides (keto, LCHF) ont leurs partisans dans le monde de l'endurance. L'idée : forcer le corps à utiliser les graisses comme carburant principal pour économiser le glycogène. Certains ultra-traileurs y trouvent un avantage sur des épreuves très longues (> 6h) à allure modérée.

Mais pour des efforts à intensité élevée (10 km, semi, marathon compétitif), la quasi-totalité des études montre que les glucides restent supérieurs. Le corps ne peut tout simplement pas oxyder les graisses assez vite pour maintenir une allure de compétition au-dessus de 70-80 % du VO₂max.

Glucides : indispensables pour

  • Efforts > 60 min à intensité modérée-haute
  • Compétitions (10 km, semi, marathon)
  • Récupération après séances dures
  • Séances de fractionné et seuil

Réduire les glucides peut convenir pour

  • Ultra-endurance à allure très modérée
  • Certains footings en endurance fondamentale
  • Périodes hors compétition (adaptation métabolique)
  • Approche « train low, compete high »

Le point clé : le sucre n'est ni ami ni ennemi — c'est un outil. Pour la performance en course, les glucides restent le carburant le plus efficace. La clé est le timing : charger avant, alimenter pendant, reconstituer après. Réduire les glucides peut avoir un intérêt ponctuel à l'entraînement, mais en compétition, le glycogène est roi.

Questions fréquentes

Faut-il manger du sucre avant de courir ?

Pour des efforts de plus d'une heure, un apport en glucides 2-3h avant est bénéfique. Pour une sortie courte en endurance, ce n'est pas indispensable.

Le régime low-carb est-il compatible avec la course à pied ?

Il peut fonctionner pour l'endurance de base, mais limite les performances à haute intensité (fractionné, seuil, compétition) car le glycogène est le carburant principal.

Combien de glucides par jour pour un coureur ?

5-7 g/kg/jour pour un entraînement modéré, 7-10 g/kg/jour pour un entraînement intense ou la veille d'une compétition. Les besoins augmentent avec le volume.