Running et impact environnemental : le coureur est-il éco-responsable ?

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Le running se présente volontiers comme un sport « propre ». Pas de moteur, pas de terrain artificiel, pas d'infrastructure lourde — juste un être humain qui avance par sa seule force musculaire. L'image est séduisante. Mais quand on gratte le vernis, le bilan environnemental de la course à pied est plus contrasté qu'il n'y paraît. Entre l'empreinte carbone des grands événements, le cycle de vie d'une paire de chaussures et les paradoxes du coureur amoureux de nature, le sujet mérite une analyse honnête.

L'empreinte carbone des courses : le tabou des déplacements

Le marathon de Paris rassemble environ 50 000 coureurs. Le marathon de New York, 50 000 également. L'UTMB, 10 000 participants venus du monde entier. Derrière ces chiffres impressionnants se cache une réalité rarement discutée : le transport des participants constitue, de très loin, le premier poste d'émissions de CO₂ d'un événement de course à pied.

Une étude menée sur un marathon européen a estimé que les déplacements des coureurs représentaient plus de 90 % de l'empreinte carbone totale de l'événement. Les gobelets, les médailles, la logistique — tout ce qui fait habituellement l'objet des critiques — ne pèsent presque rien en comparaison d'un vol transatlantique pour aller courir 42 km.

Ce constat met en lumière un paradoxe inconfortable : le « tourisme de course », qui pousse des milliers de coureurs à voyager pour accumuler les dossards, est probablement l'aspect le plus polluant du running. Et c'est aussi l'un des plus difficiles à questionner, tant il est lié au plaisir de la découverte et au prestige de certaines courses.

Gobelets, gels et déchets : le visible qui cache l'essentiel

Les images de ravitaillements jonchés de gobelets écrasés sont devenues un symbole de la « pollution du running ». Et il est vrai que les déchets générés par un événement de masse sont significatifs : gobelets en plastique, emballages de gels, bouteilles, bananes, éponges. Certains grands marathons génèrent plusieurs tonnes de déchets en une seule journée.

Des solutions émergent : gobelets réutilisables ou compostables, ravitaillements en vrac, obligation pour les coureurs de trail de porter leur propre contenant. L'éco-cup a fait son chemin, même si elle n'est pas sans inconvénients (logistique de collecte et de lavage). Mais il faut garder le sens des proportions : ces déchets visibles ne représentent qu'une fraction marginale de l'impact environnemental total du running. Se focaliser exclusivement sur les gobelets, c'est un peu comme trier ses déchets en prenant l'avion chaque week-end.

Les chaussures : un problème industriel

C'est probablement le sujet le plus épineux. Une paire de chaussures de running classique représente environ 14 kg de CO₂ pour sa fabrication. Elle contient une dizaine de matériaux différents — mousses EVA ou TPU, caoutchouc, nylon, polyester, colles — assemblés de manière quasi impossible à séparer pour le recyclage. Et sa durée de vie moyenne ? Entre 600 et 1 000 km, soit quelques mois pour un coureur régulier.

Un coureur qui s'entraîne sérieusement peut user trois à cinq paires par an. Multipliez par les millions de coureurs dans le monde, et l'ordre de grandeur devient vertigineux. L'industrie en est consciente : des programmes de recyclage existent (Nike Grind, adidas avec Parley), mais ils restent marginaux. La majorité des chaussures de running usagées finissent en décharge ou en incinération.

Les plaques de carbone, qui ont révolutionné la performance depuis 2017, aggravent le problème : elles réduisent la durée de vie de la chaussure (souvent 300-400 km) tout en utilisant des matériaux encore plus difficiles à recycler. Le gain de performance a un coût environnemental que personne ne mentionne sur les lignes d'arrivée.

Le plogging et les courses « vertes » : des initiatives louables mais limitées

Né en Suède, le plogging — contraction de plocka upp (ramasser) et jogging — consiste à ramasser les déchets pendant sa course. C'est un geste concret, visible, et qui présente l'avantage de combiner exercice physique et action environnementale. Des communautés de ploggers se sont développées dans le monde entier.

De même, des courses « vertes » ou « zéro déchet » se multiplient, avec des cahiers des charges exigeants : ravitaillements sans emballage individuel, médailles en bois, goodies utiles plutôt que gadgets, compensation carbone, transports en commun encouragés. L'Éco-Trail de Paris, par exemple, a été pionnier dans cette démarche.

Ces initiatives sont positives et méritent d'être soutenues. Mais il faut être lucide : elles ne résolvent qu'une partie — la plus visible — du problème. Compenser l'empreinte carbone d'un vol Paris-New York pour un marathon en ramassant des déchets dans un parc relève davantage du symbole que de l'équilibre comptable.

Le paradoxe du coureur nature

Voici peut-être le paradoxe le plus profond du running et de l'environnement. Les traileurs, en particulier, sont souvent des amoureux de la nature. Ils courent en montagne, en forêt, sur des sentiers sauvages. Ils ont un lien viscéral avec les paysages qu'ils traversent. Et pourtant, leur pratique contribue à l'érosion des sentiers, au dérangement de la faune, et — quand elle implique des déplacements lointains — à une empreinte carbone non négligeable.

Les ultra-trails dans des espaces naturels sensibles (Alpes, Pyrénées, parcs nationaux) suscitent un débat croissant. Les défenseurs soulignent les retombées économiques pour les territoires de montagne. Les critiques pointent la dégradation des sentiers, le stress pour la faune sauvage, et l'impact des infrastructures temporaires. La vérité, comme souvent, est dans la nuance : tout dépend du nombre de participants, de la période, du tracé et de la gestion environnementale de l'événement.

Compensation vs. réduction : le vrai débat

La compensation carbone — planter des arbres pour « neutraliser » ses émissions — est devenue le réflexe de nombreux organisateurs de courses. Mais la communauté scientifique est de plus en plus critique envers cette approche. Les arbres mettent des décennies à séquestrer le carbone, leur survie n'est pas garantie, et la compensation ne réduit en rien les émissions réelles.

La hiérarchie devrait être claire : réduire d'abord, compenser ensuite. Concrètement, cela signifie privilégier les courses proches de chez soi, covoiturer ou utiliser le train, faire durer ses chaussures aussi longtemps que possible, limiter les achats compulsifs de textile technique, et accepter qu'on ne peut pas courir partout dans le monde sans impact.

C'est un message difficile à entendre pour une communauté qui valorise l'aventure et la découverte. Mais c'est un message nécessaire. Pourquoi court-on ? Si c'est pour le plaisir du geste, la beauté du mouvement, la méditation en action — alors la course à 5 km de chez soi offre tout cela autant qu'un marathon à l'autre bout du monde.

Que peut faire le coureur individuel ?

Sans culpabilité excessive ni écoblanchiment, quelques gestes concrets ont un impact réel : choisir des courses accessibles en transport en commun, limiter les dossards « trophées », entretenir et faire durer ses chaussures, acheter du matériel d'occasion (le marché de la seconde main en running est en plein essor), et soutenir les marques qui font des efforts vérifiables en matière de durabilité.

Et surtout : ne pas oublier que la course à pied reste, fondamentalement, l'un des sports les moins polluants qui existent. Un coureur qui s'entraîne quotidiennement dans son quartier, avec une paire de chaussures utilisée jusqu'à l'usure, a un impact environnemental dérisoire comparé à la plupart des autres loisirs. Le running a des progrès à faire, mais il part de loin devant.

Le running, un sport globalement sobre

  • Aucune infrastructure permanente nécessaire pour la pratique quotidienne
  • Énergie 100 % humaine, zéro carburant fossile direct
  • Initiatives « vertes » en progression (plogging, courses zéro déchet)
  • Communauté souvent sensible aux enjeux environnementaux
  • Impact quotidien d'un footing proche de chez soi : quasi nul

Les angles morts à ne pas ignorer

  • Empreinte carbone des déplacements vers les courses (90 % de l'impact)
  • Chaussures difficilement recyclables, durée de vie limitée
  • Surconsommation de textile technique et de gadgets
  • Érosion des sentiers et dérangement de la faune en trail
  • Compensation carbone insuffisante sans réduction des émissions

Le point clé : Le running est un sport sobre par nature, mais pas exempt d'impact. Le principal levier d'action — et le plus difficile à actionner — concerne les déplacements. Courir local, faire durer son matériel et soutenir les initiatives responsables sont les gestes les plus efficaces pour un running réellement éco-compatible.

Questions fréquentes

La course à pied a-t-elle un impact écologique ?

L'activité elle-même est neutre, mais les courses organisées (transports, gobelets, logistique), les chaussures (pétrochimie, 13 kg de CO2 par paire) et les déplacements ont un impact réel.

Qu'est-ce que le plogging ?

Le plogging (de « plocka upp » = ramasser en suédois + jogging) consiste à ramasser les déchets pendant sa course. Né en Suède, le mouvement s'est répandu mondialement.

Les chaussures de running sont-elles recyclables ?

Peu de modèles le sont actuellement. Certaines marques proposent des programmes de collecte. La durabilité et le réemploi sont des pistes plus prometteuses que le recyclage.